En 2023, plus de 80 % des transmissions de données sans fil reposent encore sur les ondes radio, alors qu’une solution alternative, née il y a plus d’une décennie, reste largement sous-exploitée. Des essais menés dans certains hôpitaux et environnements industriels démontrent pourtant des performances inédites, notamment en vitesse et en sécurité.
Malgré des normes internationales publiées dès 2011, cette innovation peine à franchir le seuil du grand public et soulève des questions sur la transition des infrastructures et l’adaptation des usages. La croissance exponentielle du trafic numérique relance aujourd’hui l’intérêt pour cette approche, au croisement de la connectivité et de l’efficacité énergétique.
LiFi : une révolution silencieuse dans la transmission des données
Le LiFi, contraction de Light Fidelity, ne suit pas le sillage du Wi-Fi traditionnel. Il s’en affranchit, en misant sur la lumière visible comme canal de communication. Ce choix technique, loin d’être anecdotique, a été mis en lumière par Harald Haas lors d’une conférence TED Global en 2011. Pourtant, l’idée n’est pas née d’hier : Alexander Graham Bell, en 1880, avait déjà imaginé le photophone, ancêtre oublié de ce mode de transmission. Des pionniers actuels, tels que Oledcomm, PureLiFi ou encore Lucibel, avancent aux côtés du LIFI Consortium pour donner corps à cette technologie.
La promesse du LiFi tient en un chiffre qui frappe : un débit théorique pouvant atteindre 224 Gbit/s. Ce niveau surclasse les performances du Wi-Fi et fait de la lumière LED un support de choix pour des flux massifs, sans craindre les interférences radio. Une aubaine dans les contextes où la stabilité et la sécurité du signal sont vitales : industrie, santé, défense, aéronautique…
La récente norme IEEE 802.11bb vient structurer le marché et favorise les coopérations entre acteurs. Pour donner la mesure des applications concrètes, quelques exemples français retiennent l’attention : Meyrargues, le Musée de la carte à jouer, ou les rames SNCF testent déjà le LiFi via des usages variés.
Voici quelques domaines où le LiFi montre sa polyvalence :
- géolocalisation précise, diffusion d’informations contextuelles, connexions très haut débit, contrôle d’accès sécurisé.
Le marché mondial du LiFi, promis à une croissance de plusieurs milliards de dollars d’ici 2030 (source : Grand View Research), attise l’intérêt des industriels et collectivités. À mesure que le spectre radio sature, la lumière visible s’affirme comme un terrain de conquête pour la transmission de données sans fil.
Comment la lumière devient un vecteur d’information
Le principe du LiFi s’enracine dans une histoire centenaire : dès 1880, Alexander Graham Bell transmettait la voix via un simple rayon de soleil grâce à son photophone. Aujourd’hui, ce procédé se réinvente sous la forme de technologies optiques appuyées sur la puissance des LED et l’intelligence des protocoles numériques.
Chaque ampoule LED agit comme un minuscule émetteur. Son intensité varie à très haute fréquence, à des rythmes invisibles pour l’œil humain, pour encoder des données. En face, un récepteur, souvent une photodiode, capte ces micro-variations lumineuses et les convertit en signal numérique lisible par nos appareils.
Ce qui distingue fondamentalement le LiFi du Wi-Fi, c’est sa matière première : exit les ondes radio, place à la lumière visible. Ce choix technique ouvre des perspectives inédites, notamment là où les signaux radio sont indésirables ou perturbés. Les entreprises majeures du secteur, Oledcomm, Lucibel, PureLiFi, travaillent à intégrer et miniaturiser les modules LiFi, pour les rendre invisibles dans nos espaces de vie ou de travail.
Pour mieux comprendre le fonctionnement du LiFi, voici comment s’articule l’ensemble :
- Un luminaire équipé de LED sert de borne d’accès et d’émetteur.
- Un récepteur, intégré ou branché à l’appareil utilisateur, capte le signal lumineux.
- La transmission s’effectue instantanément et sans interférence électromagnétique.
Au quotidien, la lumière devient ainsi un réseau discret, rapide et sécurisé, transformant chaque point lumineux en accès haut débit.
Quels avantages concrets face aux réseaux sans fil traditionnels ?
Le LiFi, loin de n’être qu’une prouesse technique, redistribue les cartes face au Wi-Fi. Premier argument frappant : le débit. Dans des conditions optimales, le LiFi explose les records et ouvre une voie royale aux usages nécessitant des transferts massifs, usines, hôpitaux, universités, laboratoires…
Autre force, la sécurité. Parce que le LiFi s’arrête net face aux murs, impossible de capter le signal depuis l’extérieur d’une pièce. La confidentialité est maximale, de quoi séduire les secteurs où la discrétion ne se négocie pas. L’absence totale d’ondes radio élimine aussi les interférences, un soulagement dans les environnements sensibles, blocs opératoires, cabines d’avion, zones militaires.
Sur le plan de la cybersécurité, le LiFi ajoute une barrière physique. Nul ne peut intercepter un flux lumineux sans accès direct à la source : un argument qui fait déjà mouche auprès de nombreuses organisations.
Côté consommation, le LiFi s’inscrit dans une logique de sobriété énergétique. Les LED consomment peu, et leur double usage, éclairage et transmission de données, s’accorde aux exigences des bâtiments intelligents et des stratégies de réduction énergétique.
Défis à relever et perspectives d’avenir pour le LiFi
Malgré ses promesses, le LiFi doit composer avec plusieurs limites concrètes. D’abord, la portée reste courte : la lumière ne traverse ni cloisons ni obstacles. L’utilisateur doit donc rester dans la zone éclairée, ce qui restreint la mobilité par rapport à un Wi-Fi omniprésent.
Autre point de blocage : la compatibilité. La majorité des appareils vendus aujourd’hui ne reconnaissent pas le LiFi sans ajout d’un module externe ou d’un dongle. Les fabricants de smartphones et d’ordinateurs se penchent sur une intégration native, mais cette évolution reste à concrétiser pour un large public.
Le coût d’adaptation ne doit pas être sous-estimé. Remplacer ou adapter les luminaires, modifier les réseaux internes, former les équipes : chaque étape implique des investissements, surtout dans les bâtiments déjà en service. Autre paramètre : la lumière elle-même. La présence de lumière naturelle ou le besoin d’allumer les lampes en plein jour peuvent perturber ou limiter certains usages.
Cela dit, la dynamique du secteur reste vive. La nouvelle norme IEEE 802.11bb simplifie les collaborations et favorisera l’interopérabilité, tandis que les acteurs industriels multiplient les tests grandeur nature. La recherche, elle, affine sans cesse les protocoles et la robustesse des signaux lumineux. Le marché, quant à lui, affiche ses ambitions : plusieurs milliards de dollars d’ici 2030 selon Grand View Research.
Nul ne sait encore si la lumière remplacera un jour totalement les ondes radio. Mais le LiFi a déjà franchi un cap : celui de transformer nos lampes en passerelles numériques, et de faire surgir la connectivité là où on l’attend le moins. À la frontière du visible et du numérique, le pari reste ouvert.


